Johannes Fichtenbauer, Le mystère de l’olivier

Johannes Fichtenbauer, Le mystère de l’olivier – Montmeyran, Émeth-Édition, 2022 – ISBN 979-10-97546-27-4 – 174 pages – € 14,00.

L’auteur, archidiacre du diocèse de Vienne (Autriche), fait partie de l’équipe internationale de TJCII (« Vers un deuxième concile de Jérusalem ») qui a pour vision d’œuvrer à « réparer et guérir la brèche entre les croyants en Jésus, juifs et gentils, par l’humilité, la prière et la repentance ».

Cet ouvrage se situe dans la même mouvance que celui présenté dans la recension précédente. L’auteur, né en Autriche dans l’après-guerre, raconte comment il a grandi dans une ambiance marquée par le nazisme et l’antisémitisme. Il lui a fallu une réelle conversion à Jésus pour changer radicalement son regard sur la place du judaïsme par rapport à l’Église.

Ensuite, il montre l’importance du judaïsme dans le plan de Dieu et le rôle capital des Juifs qui ont reconnu Jésus comme leur Messie, pour relier les chrétiens d’origine païenne à Israël ; selon l’image de Rm 11.18-19, ce sont eux qui relient les branches sauvages greffées sur l’olivier à ses racines. Il en était ainsi à l’origine : les apôtres, qui étaient juifs, reliaient les païens convertis à Israël ; mais après l’écrasement des révoltes juives par les Romains (en 70 et 135 apr. J.C.), le judaïsme se replia sur lui-même, excluant les chrétiens qui, à leur tour, s’éloignèrent de plus en plus du judaïsme et ne tardèrent pas à dire que l’Église avait remplacé Israël. Ils en vinrent même à condamner toute pratique juive au sein de l’Église ; elles furent même interdites aux juifs qui se convertissaient à Jésus et entraient dans l’Église. Il fallut attendre la fin du XVIIe s. Pour que des rabbins d’Europe de l’Est découvrent leur messie et constituent clandestinement des communautés de juifs croyant en Jésus. Ce mouvement, bien que soutenu par Zinzendorf, ne dura pas. Cependant le concept survécut (l’auteur raconte plusieurs événements allant dans ce sens), et il fallut attendre la Shoah et la naissance miraculeuse de l’État d’Israël pour qu’on voie se développer, en Israël, des communautés juives messianiques, surtout après la guerre des six jours (juin 1967). Mais il existe aussi des juifs messianiques (entre 150 000 et 200 000) un peu partout dans le monde – aux USA, en Israël, en Europe de l’Est… Ils sont très divers, avec, globalement, une foi biblique : ils donnent la priorité au salut gratuit en Jésus, mais la pratique de la torah assure leur identité juive.

L’auteur, qui est archidiacre, consacre tout un développement à parler du rejet, par l’Église catholique romaine, du judaïsme et de sa persécution avec l’inquisition. Il fallut attendre Vatican II pour voir, avec la dénonciation de la théologie du remplacement, un réel changement de politique à leur égard. Il fait même état de discussions au plus haut niveau, auxquels il a assisté, entre représentants du Saint-Siège et des communautés juives messianiques. Joseph Ratzinger, alors Cardinal, reconnut là une œuvre authentique de l’Esprit et un signe eschatologique (voir Catéchisme de l’Église catholique §674, cité à la p. 132). En 2000, le Pape Jean-Paul II a même demandé pardon pour le péché de l’Église envers Israël. Cette repentance doit aussi concerner les Juifs messianiques qui ont été niés dans leur identité. Là, il y a un problème face au dialogue judéo-chrétien, car le judaïsme traditionnel pourrait prendre cela (cette ouverture aux Juifs messianiques) comme une manœuvre pour les évangéliser par derrière. Cela réclame tact, sagesse et discernement, mais les Juifs messianiques doivent être reconnus, soutenus comme ayant une place à part entière au sein du corps de Christ.

Le livre se termine par une présentation avec historique de « Vers un deuxième Concile de Jérusalem » (TJCII), mouvement qui regroupe des responsables chrétiens et juifs messianiques visant à terme la convocation d’un nouveau Concile œcuménique à Jérusalem ; son but serait de donner une place à la composante juive-messianique de l’Église, comme celle-ci avait donné sa place à la composante pagano-chrétienne lors du premier Concile de Jérusalem (Ac 15).

Ce livre parle d’une œuvre importante de l’Esprit en vue de préparer l’Église au retour de son Seigneur. Si ce qui concerne les Église protestantes et évangéliques est un peu laissé dans l’ombre, on peut se réjouir de voir des responsables de l’Église catholiques prendre des positions aussi audacieuses.

Alain Décoppet

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