Matthias Konradt, L’Évangile selon saint Matthieu

Matthias Konradt, L’Évangile selon saint Matthieu, Coll. Commentaire du Nouveau Testament (CNT), 2e série, 1bis – Genève, Labor et Fides, 2023 – ISBN 978-2-8309-1788-8 — 503 pages — € 49.- ou CHF 63.

Matthias Konradt, l’auteur de ce volume, est professeur de Nouveau Testament et du judaïsme ancien à l’Université de Heidelberg, après avoir notamment enseigné les mêmes matières à celle de Berne, en Suisse.

Une soixantaine d’années après le commentaire de Pierre Bonnard sur Matthieu, il était important d’offrir à la collection du CNT un nouvel ouvrage qui tienne compte des développements de la recherche biblique sur le premier Évangile qui s’est beaucoup enrichie par une meilleure connaissance du Judaïsme du Second Temple.

L’ouvrage présenté ici est une traduction française, due à Philippe Nicolet, de « Das Evangelium nach Matthäus », publié en allemand en 2015, dans la collection Das Neue Testament Deutsch (NTD 1), mais qui tient compte des mises à jour prévues pour la 2e édition allemande de 2023.

Pour rédiger son commentaire, Matthias Konradt se base sur l’hypothèse, classique en méthode historico-critique, que Matthieu (nom conventionnel) a utilisé Marc complété par la Source Q et ses propres sources. Sa méthode consiste à mettre en évidence les orientations particulières du premier Évangile après avoir comparé minutieusement son texte avec celui de Marc, principalement. Mais il tient compte aussi du fait que Matthieu a construit très soigneusement l’ensemble de son récit, avec des indices textuels (répétitions, reprises) qui permettent d’en saisir la structure globale et d’en comprendre toute la portée. Il a aussi repéré les nombreux passages de l’Écriture (Ancien Testament) que l’Évangéliste présente comme « accomplis » en Jésus. Il présente ainsi, pour chaque péricope, une traduction originale, suivie d’une analyse de bonne facture qui resitue chacune d’elles dans l’ensemble de l’œuvre, puis commente chaque verset.

Pour Konradt, Matthieu reflète la situation prévalant après la destruction du Temple, (vers 80 apr. J.-C.), époque marquée par la confrontation entre une Église judéo-chrétienne naissante et un Judaïsme en pleine restructuration sous l’impulsion des Pharisiens. Les expériences qu’ont vécues les disciples de Jésus dans l’Évangile, sont certes du passé, mais elles sont racontées de telle façon que la communauté matthéenne puisse y percevoir sa propre situation et en tirer enseignement. Le risque de cette approche est de nous présenter un portrait du Christ plus proche de la manière dont l’Évangéliste se le représentait en l’an 80 que du Jésus de l’histoire. Notons qu’à certains endroits, Matthias Konradt déborde à mon avis de son rôle d’exégète, par exemple quand, dans l’encadré des pages 473-4) il reproche à Matthieu de tomber dans l’apologétique (« qui n’est pas la meilleure conseillère en théologie ») en usant de l’argument du tombeau vide pour prouver la résurrection de Jésus ; « La foi pascale ne saurait être confirmée d’un point de vue historique » ; et de préciser : cette « tendance à l’objectivation » irait dans le sens de l’Évangile apocryphe de Pierre (10.38-42).

Par ailleurs, en lisant ce commentaire, j’ai été déçu de ne pas y trouver un travail exégétique se référant directement au grec : « pas de grec » est l’une des exigences de la collection du NTD auxquelles s’est soumis l’auteur. À mon avis, l’un des points forts de la collection du CNT est de permettre au lecteur francophone d’avoir un outil de travail sérieux lui permettant d’étudier le texte biblique dans sa langue originale. L’autre règle imposée aux auteurs du NTD est de ne pas insérer de notes. En soi, cette limitation n’est pas très gênante, mais elle empêche le rédacteur de renvoyer en notes des informations, non indispensables mais néanmoins utiles, ou des références qui pourraient intéresser le chercheur. Certaines de ces informations doivent cependant bien être casées quelque part, d’où, à certains endroits, l’aspect un peu touffu de ce commentaire. Pour palier cela, on trouve de fréquents encadrés utiles et éclairants, avec de nombreuses références tirées de la littérature antique, où l’auteur déploie toute sa connaissance du judaïsme du second temple.

D’autre part, j’ai trouvé regrettable que les en-têtes de pages ne contiennent pas la référence (chapitre – versets) du texte commenté sur la page en question ; cela faciliterait grandement la recherche d’une péricope voulue ; dans les marges, on trouve certes la mention des versets, mais sans l’indication du chapitre !

Remarquons que dans la collection du CNT, le commentaire de Matthias Konradt a la cote I bis, celui de Pierre Bonnard gardant la cote I ; cela signifierait-il que le I bis est voulu comme une simple mise à jour du I ?

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