Pour que rien ne nous sépare

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Claude Ducarroz, Noël Ruffieux, et Shafique Keshavjee, Pour que rien ne nous sépare.

Bière, Cabédita, 2017, 308 pages –  ISBN : 978-2-88295-800-6, 36.– CHF ou 24.– €.

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Plus qu’un simple plaidoyer pour l’unité des chrétiens, ce nouveau livre sur l’œcuménisme est le témoignage interactif de trois amis suisses, représentant les trois grandes traditions chrétiennes. Son originalité se trouve dans sa structure sous forme de dialogue entre un prêtre catholique, un pasteur réformé et un laïc orthodoxe. A chaque fois qu’un sujet est présenté par l’un d’entre eux, les deux autres lui font écho en expliquant leurs accords et désaccords, le cas échéant. Soucieux de faire œuvre de réconciliation, tous trois s’expriment ensemble d’une seule voix par diverses prises de positions partagées.
Les différents chapitres de l’ouvrage abordent trois grandes thématiques : la Bible, l’Église et la société. On y examine la question herméneutique en lien avec la lecture des Écritures et la compréhension de la Tradition dans leurs contextes respectifs. Par-delà les questions fondamentales de communion et d’autorité dans l’Église, les trois auteurs entament une riche réflexion à trois niveaux sur la nécessité de changement, voire de réformes dans la vie de l’Église : un renouveau des ministères, une rénovation de l’épiscopat et une réforme de la papauté.
Le livre ne cache pas les différences d’appréciation réelles et profondes qui demeurent entre protestants et catholiques/orthodoxes, que ce soit sur le rôle de Marie ou la vénération des saints martyrs, voire sur la réalité et présumée valeur de leur intercession. Mais là où les divergences restent les plus durables et les plus difficiles à résoudre, c’est au niveau de la compréhension de l’Eucharistie (Sainte-Cène). Le sujet est traité avec beaucoup de sensibilité pour nous aider à mieux saisir toute la dimension dramatique d’un paradoxe autant incompréhensible qu’insurmontable. Alors que l’Eucharistie se veut festin du Royaume qui rassemble tous les chrétiens, il n’est pas lieu de communion, mais reste le lieu par excellence de la division des Églises, visible pour tous.
Si les sujets de société traités incluent l’économie, la politique et l’écologie (la création), le troisième grand volet souligne aussi l’importance de la culture et de l’inculturation de l’Évangile (mission et évangélisation), et tout particulièrement la nécessaire démonstration de solidarité face à la pauvreté dans nos sociétés.
En regardant de plus près la table des matières, on notera les sous-points faisant ressortir différents accents christologiques de l’ouvrage et qui sont au nombre de quatre : l’autorité du Christ ; Christ, notre réconciliation ; Jésus, le missionnaire et l’évangéliste ; et ce que Jésus pense des pauvres. On pourra s’étonner du peu de cas fait de l’Esprit-Saint qui n’apparait à aucun moment dans la structure du livre (ni même dans les sous-points). Évidemment, mention en est faite ponctuellement tout au long du livre et l’épiclèse finale le met tout particulièrement en valeur, mais on aurait espéré un traitement plus systématique de la personne et de l’œuvre du Saint-Esprit, et de son rôle-clé dans une Église en quête d’unité qui l’invoque incessamment. On aurait aimé connaitre le témoignage des auteurs sur comment peuvent (ou pourraient) concrètement se conjuguer expérience de communion et vie de l’Esprit, tenant compte de l’inspiration et du discernement donnés par l’Esprit-Saint, et sur comment écouter, par-delà les intérêts partisans des uns et des autres, ce que l’Esprit dit aux Églises.
Raymond Pfister

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