| par Jean-René MORET, 1Ce texte est issu d’une prédication donnée par l’auteur. – ancien pasteur à l’Église Évangélique de Cologny (FREE), Suisse – Secrétaire général des GBEU de Suisse Romande |
Résumé par l’IA Euria (https://news.infomaniak.com/euria-assistant-ia-souverain/).
Cet article médite sur 2 Rois 4, où Dieu sauve deux enfants de l’esclavage par la pauvreté. Il invite les croyants à agir avec compassion, en mobilisant leurs ressources et leur communauté pour restaurer la dignité des familles vulnérables, suivant l’exemple ultime du Christ qui s’est fait pauvre pour nous enrichir.
Deux thèmes rarement réunis
Ce dimanche, nous parlons d’enfance et de pauvreté. Il y a peu de textes bibliques qui montrent directement des enfants exposés à la pauvreté. Les deux thèmes sont importants et bien représentés dans l’Écriture, mais pas souvent au même endroit. Dans cette prédication, nous allons aborder un récit qui nous montre des enfants menacés par la pauvreté, et Dieu qui leur vient en aide. Nous allons en tirer plusieurs éléments pour notre attitude face à de telles situations.
Un récit
Cette histoire se passe dans l’Ancien Testament, avant la venue de Jésus. Elle implique le prophète Élisée, l’un des grands prophètes du peuple d’Israël. Nous lisons 2 Rois 4,1-7 :
1 Un jour, une veuve, dont le mari avait été membre d’un groupe de prophètes, vint trouver Élisée et elle le supplia de l’aider en disant : « Ton serviteur, mon mari est mort, et toi, tu sais combien il reconnaissait l’autorité du Seigneur. Or, celui à qui nous avions emprunté de l’argent est venu pour prendre mes deux enfants afin d’en faire ses esclaves ».
2 Élisée lui dit : « Que puis-je faire pour toi ? Dis-moi ce que tu possèdes chez toi ». – « Ta servante ne possède rien du tout, répondit-elle ; il ne me reste qu’un peu d’huile pour me parfumer ». –
3 « Eh bien ! reprit Élisée, va chez tes voisins et emprunte-leur des récipients, des récipients vides. Et pas en petit nombre !
4 Puis rentre chez toi et ferme bien la porte derrière toi et tes enfants. Alors tu verseras l’huile dans tous ces récipients, et tu les mettras de côté, au fur et à mesure qu’ils seront pleins ».
5 La femme s’en alla. Elle ferma la porte derrière elle et ses enfants ; ceux-ci lui passaient les récipients, et elle les remplissait.
6 Quand les récipients furent pleins, elle dit à son fils : « Passe-moi encore un récipient ». Mais il lui dit : « Il n’y a plus de récipient vide ! » Et l’huile s’arrêta de couler.
7 La femme alla raconter au prophète ce qui venait d’arriver ; celui-ci lui dit : « Va vendre cette huile et rembourse ta dette ; ce qui te restera d’argent vous permettra ensuite de vivre, toi et tes enfants ».
Ce récit nous montre deux enfants menacés par la pauvreté. En l’occurrence, ils risquent d’être vendus comme esclaves. C’était ce qui se passait dans le système économique de l’époque quand quelqu’un ne pouvait pas rembourser ses dettes. Ce n’était pas l’esclavage comme aux États-Unis. C’était temporaire avec des limites au droit de l’employeur. Mais c’était quand même une perte de liberté et du travail non-rémunéré sous l’autorité du maître.
Victimes mais pas responsables
Nous pouvons noter que ces enfants subissent les conséquences de la situation de leurs parents. Ce sont leurs parents qui avaient emprunté de l’argent. Puis le malheur a frappé, le père est mort, et la mère n’a plus eu de quoi faire face à la dette. Les enfants n’y sont pour rien, mais cela les touche. La situation de la famille les atteint. Pour qu’un enfant soit pauvre, il faut soit que la famille le soit, soit qu’il soit coupé de sa famille, soit qu’il n’y ait plus de famille. Il n’y a d’ailleurs pas que des pauvretés matérielles, mais dans tous les cas, les enfants font les frais de la situation familiale. Beaucoup de problèmes peuvent frapper une famille, et les enfants sont toujours touchés. Il peut s’agir de violence ou d’alcoolisme. Les parents peuvent être obligés de laisser leur enfant seul, par impossibilité de trouver une garde. Certains parents peuvent s’isoler de la société. D’autres transmettre un regard faussé sur l’identité de genre ou la sexualité. Beaucoup de difficultés peuvent menacer des enfants, et il est rare qu’ils s’y mettent tout seuls.
Comment agir ?
De quelle manière Dieu agit-il pour venir en aide aux enfants de notre récit ?
Nous voyons rapidement qu’il s’agit d’un acte miraculeux. On peut alors se dire que cela n’a pas grand-chose à nous apprendre si nous ne faisons pas régulièrement des miracles. Ou alors qu’on doit prier pour des miracles, et qu’on doit en rester là. Ne méprisons pas la prière et l’action directe de Dieu ! Mais la prière ne nous dispense pas d’agir nous avec nos moyens.
Faisons un petit détour par un texte du Nouveau Testament. L’apôtre Paul, un des dirigeants des premiers chrétiens, écrivait à l’Église de Corinthe. Il les invitait à participer à une collecte pour les chrétiens pauvres de la Judée. Ce texte nous donnera quelques éléments sur la générosité. Il illustrera aussi comment un acte miraculeux peut servir d’exemple pour une aide très concrète. Lisons 2 Corinthiens 8,13-15 :
13 Il ne s’agit pas pour vous de tomber dans le besoin pour soulager les autres, mais c’est une question d’égalité.
14 En ce moment, vous êtes dans l’abondance, ce qui vous permet de venir en aide à ceux qui sont dans le besoin. De la même façon, si vous êtes un jour dans le besoin et eux dans l’abondance, ils vous viendront en aide. C’est ainsi qu’il y aura égalité, 15 conformément à ce que l’Écriture déclare :
« Celui qui en avait beaucoup ramassé n’en avait pas trop, et celui qui en avait peu ramassé n’en manquait pas ».
Paul précise aux Corinthiens qu’ils ne doivent pas se mettre eux-mêmes dans la détresse pour venir en aide aux autres. C’est un principe important. Ne mettons pas nos propres enfants en danger pour venir en aide à d’autres. Paul place l’aide demandée sous le signe de l’équité : que ceux qui ont plus viennent en aide à ceux qui ont moins. Il est assuré que les richesses matérielles ne sont pas réparties de manière égale sur notre terre, et pas non plus dans notre pays. Et même quand on ne roule pas sur l’or, ceux qui ont par exemple un foyer uni, une ambiance bienveillante à la maison ou un bon tissu de relation disposent d’une richesse dont les autres peuvent avoir besoin.
Notons surtout le texte de l’Ancien Testament que Paul cite : « Celui qui en avait beaucoup ramassé n’en avait pas trop, et celui qui en avait peu ramassé n’en manquait pas ».
C’est une référence à l’épisode de la manne. Le peuple d’Israël était dans le désert après sa sortie d’Égypte. Comme il n’y avait rien à manger, Dieu leur avait donné la manne : une substance blanche qui recouvrait le sol le matin, et qui avait le goût de pain. Chacun devait ramasser chaque jour de quoi nourrir sa famille. Bien sûr que tout le monde ne ramassait pas la même quantité en une journée. Mais justement, lorsqu’ils mesuraient la récolte, « celui qui en avait beaucoup ramassé n’en avait pas trop, et celui qui en avait peu ramassé n’en manquait pas ».
Bien sûr que la manne était un acte miraculeux de Dieu, et l’égalité constatée faisait partie du miracle. Mais Paul cite cela en exemple pour la participation à une collecte, un acte de solidarité qui n’a rien de surnaturel. Les miracles que Dieu fait peuvent donc nous donner des exemples pour notre façon d’agir, même de manière très terre à terre. Dieu agit en accord avec son caractère. Il tient compte de son dessein pour l’humanité. Sa manière d’agir illustre donc des principes que nous pouvons reprendre. Revenons donc à notre récit d’Élisée, la veuve et ses enfants, et tirons-en quelques éléments.
Quelques leçons à tirer de cette histoire
Au près ou au loin ?
Dans ce récit-ci, c’est la femme veuve qui est venue demander de l’aide à Élisée. Son mari était membre d’un groupe de prophète, littéralement « un fils des prophètes ». Il semble qu’il y avait en Israël des groupes de prophètes ou de leurs disciples qui vivaient en lien, voire en un même lieu2 Cf. 2 Rois 4,38-41 ; 6,1-7.. Élisée les connaissait. C’est presque comme si quelqu’un de l’Église venait le trouver avec son problème. Mais on peut aussi penser à un autre récit assez similaire. Le prophète Élie était le prédécesseur d’Élisée et son mentor. En 1 Rois 17, il était arrivé chez une veuve du pays de Sidon, donc une étrangère, qui ne lui avait rien demandé mais qui allait bientôt mourir de faim avec son fils. Dieu avait fait que ses derniers restes d’huile et de farine se multiplient quotidiennement, de sorte qu’ils avaient eu sans cesse à manger. Deux veuves et leurs enfants secourues miraculeusement par deux prophètes, une à l’étranger, l’autre dans une communauté proche. Vous remarquerez que dans cette prédication, certains exemples concernent plutôt des situations proches de chez nous, d’autres de l’aide que l’on peut apporter au loin, dans d’autres pays, par exemple via des organisations missionnaires. Tous les cas de figure existent, il y a des besoins partout : au loin dans des pays moins favorisés, ailleurs en Suisse, dans notre voisinage, peut-être même dans notre propre Église. Ayons les yeux et le cœur ouvert pour toutes ces situations !
Partir des ressources qui sont là
Élisée commence par demander à la veuve ce qu’elle a. Elle n’a pratiquement plus rien, mais Élisée va quand même partir du peu qu’elle a encore. Le miracle va transformer une toute petite quantité d’huile en grandes provisions qui pourront être vendues, mais Dieu part de ce qui était déjà là. Jésus a fait la même chose en nourrissant une foule à partir de cinq pains et deux poissons apportés par un enfant. De plus, dans notre histoire, la veuve et ses enfants ont quelque chose à faire. Ils participent au miracle en récoltant les récipients et en les remplissant.
Par moments, des personnes ne s’en sortent pas toutes seules et ont besoin d’aide. Mais pour aider sans en faire des assistés, il faut aussi reconnaître les ressources qu’elles ont. Il faut les aider à faire ce qu’elles peuvent plutôt que de le faire à leur place. Il est arrivé que de l’aide humanitaire mal pensée conduise des populations à être de plus en plus dépendantes, au lieu de développer leurs moyens de subsister. On peut même ruiner les agriculteurs locaux en déversant des tonnes de nourriture gratuite. On est de nos jours beaucoup plus attentifs à travailler avec les gens qui seront aidés, et pas seulement pour eux. Par exemple, dans des cas où des populations manquent de ressources pour se nourrir, on essaie quand c’est possible de proposer le programme « cash for work » (de l’argent pour du travail). On fait travailler chacun pour des projets qui aident à la communauté en garantissant un revenu qui permet de vivre. C’est beaucoup plus digne et productif que de donner des liasses de billets ! Cela permet aussi de leur laisser un choix sur ce qu’elles font avec l’argent, plutôt que de leur donner le kit de « ce que les gentils Européens ont pensé qu’il vous faut ».
Une solidarité de groupe
Notons aussi que dans notre récit, tout le voisinage est impliqué. Ces voisins n’étaient sûrement pas très riches, ils n’avaient probablement pas l’argent pour payer les dettes de la famille. Mais ils avaient des récipients chez eux, et ils sont tous appelés à les prêter pour sauver cette famille. Certaines situations demandent une personne qui fait de grandes choses. D’autres demandent beaucoup de gens qui font un petit peu, avec ce qu’ils ont. Cela peut être en amenant un bon repas à la jeune famille qui n’arrive plus à suivre. Garder un enfant un après-midi pour qu’il ne soit pas seul. Inviter des copains d’école pour un repas dans la bienveillance. Donner un sourire ou un geste d’accueil à l’enfant qui est seul au sein de sa classe. Ne méprisons pas les petits gestes ! Et parfois, il faut mobiliser une communauté pour apporter l’aide la plus efficace.
Au niveau de la famille
Il a fallu dans cette histoire aider toute la famille pour que les enfants soient en sécurité. Il fallait donner de quoi vivre à l’unité familiale. Il n’était ni possible ni utile d’aider ces enfants sans aider leur mère. Et notez que les enfants étaient aussi actifs et impliqués. C’est eux qui donnaient les récipients à remplir à leur mère. Voir des enfants autour de nous qui ont des besoins peut aussi être un moyen de venir en aide à toute une famille. Et un enfant touché par l’amour et la grâce de Dieu peut aussi s’en faire le porteur pour sa famille. Il n’est pas facile d’entrer en contact avec les gens autour de nous. L’amour montré à un enfant peut être une porte d’entrée.
Offrir une dignité
Dieu a fait un miracle qui a permis de payer les dettes de cette famille et d’éviter que les enfants ne tombent dans l’esclavage. Mais Dieu a fait plus que cela : « Va vendre cette huile et rembourse ta dette ; ce qui te restera d’argent vous permettra ensuite de vivre, toi et tes enfants ».
Dieu ne s’est pas seulement occupé du problème urgent, mais il s’est préoccupé de ce que la famille ait de quoi vivre par la suite. Parfois l’aide est motivée par une crise, que ce soit un besoin urgent dans le voisinage, l’Église ou la famille, ou bien une catastrophe naturelle, une guerre ou autre. Parer au plus pressé est parfois indispensable. Mais il faut aussi penser au moyen terme, à la possibilité pour les enfants et leur entourage de trouver une stabilité. Cela peut vouloir dire aider de manière suivie, et/ou donner des ressources qui permettront de s’en sortir seul.
Jésus l’exemple ultime
Dans tout cela, nous avons vu des exemples sur comment venir à des enfants en situation de pauvreté. Être attentifs aux besoins au près comme au loin. Être prêts à faire de petites choses, à se mobiliser en communauté. Penser à l’échelon de la famille. Partir des ressources que les gens ont déjà. Penser au moyen terme, les aider à retrouver une autonomie et une dignité.
Tout cela nous dit plus sur le comment que sur le pourquoi. Pourquoi aider, finalement ?
Pour trouver une motivation à aider, le mieux est de regarder vers Jésus-Christ. Paul écrivait encore aux Corinthiens : « Vous connaissez la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ : lui qui était riche, il s’est fait pauvre pour vous, afin de vous enrichir par sa pauvreté » (2 Corinthiens 8,9). Le meilleur exemple pour nous stimuler à aider est de penser à Jésus-Christ. Il était Dieu de toute éternité. Il vivait dans le bonheur et ne manquait de rien. Il connaissait la présence de Dieu le Père en direct, sans limite et sans obstacle. Mais il a été prêt à s’abaisser, à laisser de côté ses droits et ses privilèges pour nous venir en aide. Il a connu lui-même la pauvreté. Il est devenu un petit enfant, vulnérable, couché dans de la paille. Il allait sur les routes sans lieu pour dormir. Il est venu en aide à tous ceux qui croisaient son chemin. Combien de fois les Évangiles nous montrent Jésus « ému de compassion » ! Ayons, nous aussi un cœur compatissant, prêt à s’émouvoir des besoins des autres. Jésus s’est laissé mépriser, rejeter, battre et même tuer pour nous. Il s’est donné lui-même pour que nous puissions connaître Dieu. Il a fait tout cela gratuitement. Mais il nous invite à le suivre et à l’imiter. À donner de notre personne pour ceux qui en ont besoin. À faire connaître ce qu’il a fait à toute l’humanité. Il nous dit que nous montrons notre amour pour lui en aidant les plus petits de nos frères et sœurs. Alors à son exemple, ayons les yeux et le cœur ouverts